C'était un procédé, ça devient un style. Nicolas Sarkozy dit des choses de droite avec une musique de gauche. Audacieuse transgression stylistique ou gloubi-goulbisme politique, le Sarko aurait tort de se gêner, puisque ça marche.
C'est ainsi que Jaurès ou autres enjoliveront une charge anti-syndicats, ou que la juste rémunération des travailleurs qui ne gagnent pas assez et je vous le dit moi Nicolas Sarkozy, les gens n'y arrivent pas, viendront soutenir cette vieille hypocrisie des heures sup librement consenties (la liberté de la caissière libre dans le poulailler libre de l'hypermarché libre appartenant à un patron libre qui se marre, mais qui se marre...). N'empêche, c'est curieux.
La dernière invention conceptuelle de Sarkozy, il l'a testée à Londres. Où il a tressé une ode aux réfugiés de l'économie, ceux qui ont fuit l'étouffoir de l'Etat-Providence gaulois et ses méchants impôts... dont on comprend qu'ils sont, pour NS, comme une réincarnation des Français libres du Général (celui dont Guaino invoque les mânes quand il affûte son ordi): "Tous ces Français qui partent parce qu'ils ont le sentiment qu'il n'y a pas de place pour eux en France, parce qu'ils ont le sentiment d'un avenir bouché, d'une société bloquée", qui "partent par dépit, par désespoir, parce qu'ils ne trouvent plus d'autre issue"... Et Sarkozy de promettre une France "qui croit de nouveau aux valeurs de l'effort, de la réussite, du travail, du mérite" et la fin d'une "fiscalité confiscatoire qui décourage la réussite" et "fait fuir les capitaux". En somme, bientôt la Libération!
On peut parfaitement être libéral et toute cette sorte de chose. C'est légitime, et, en somme, peut-être que la France, effectivement, pourrait absorber un peu de médecine flexibilité... Ca se discute. Mais Sarkozy le chante, le déclame, le pleurniche en grandes orgues, ce qui est autre chose. Ce qui est passablement ridicule, c'est l'emphase qui accompagne ce tissus d'honorables banalités de droite. Ce lyrisme, ce soubassement exalté et larmoyant, tenant à la fois de la parodie du "grand discours fondateur", ce Graal des politiques, et de l'idéologie contemporaine du "tous victimes, tous à plaindre": même Johnny et les émigrés fiscaux, en somme, sont des pauv' malheureux, ce qu'on leur fait M'sieu dames, n'imaginez pas!
On en pleure. Pas vous?
(Sinon, juste pour mémoire, c'est aujourd'hui que tous les candidats s'en vont prêter le serment environnementaliste devant Nicolas Hulot et les siens, au musée des Arts premiers. Qu'on entende bien, et qu'on n'oublie pas -c 'est bien plus grave que les amusements dont on nous abreuve ces temps-ci...)
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