« Elle se prend pour Marianne, elle veut être Jeanne d’Arc. En vérité, elle est forte, très très forte, et elle ose tout! Hier donc, enfin, Ségolène a parlé la gauche, elle a touché le peuple et tout n’est pas fini... | Accueil | Juste un instant de gêne, au moment du triomphe de la liberté d'expression (et pourquoi Boubakeur a-t-il mené les siens à cette humiliation?) »

07 février 2007

Du bon usage de l'injustice bourgeoise (ou comment José Bové, l'enfermé, a peut-être trouvé sa campagne)

Son meilleur atout, c’est lui-même, tel que la légende l’a figé, brandissant ses poings menottés devant les photographes... José Bové, militant jusqu’au sacrifice: l'enfermé de Villeneuve-lès-Maguelonne, lointain héritier d’Auguste Blanqui -en un temps plus tempéré... Ce qui lui arrive -la perspective de nouvelles semaines en taule pour avoir arraché des OGM- est terrible, et en même temps, étrangement salvateur. En confirmant le verdict de la cour d'appel de Toulouse, les grands juges de la Cour de cassation on peut-être donné à Bové le véritable coup de pouce de sa campagne présidentielle.

La perspective de la prison va rappeler que Bové n’est pas un candidat comme les autres. Plus rude, plus abrasif que les politiciens classiques, fussent-ils radicaux, qui le concurrencent. Un homme de gauche, mais que son courage physique, sa témérité à mettre en jeu sa liberté même fait respecter aussi à droite... Un mec, un vrai -quel paradoxe pour ce pacifiste affiché! Et un héros de la gauche, auquel chacun devra rendre hommage, sous peine de manquer de la solidarité évidente que l'on doit aux "victimes de la répression" Le voilà central. Ségolène Royal, Olivier Besancenot, et les autres, devront bien le soutenir -quel avantage, et quelle ironie. Le voilà chef de tribu, lui et lui seul!

C’est le paradoxe de Bové. Il vend sa candidature comme une aventure basiste et collective, portée par tant de comités et de micro-expériences. Mais en réalité, sa candidature ne pourrra décoller que s’il s’affranchit de ces précautions: s’il convainc la France d’adhérer à sa personne. Ce qu’il porte, ce qu’il est, sa faconde et son histoire, et son courage... Un gaullisme de l’extrème-gauche, un référendum en marche, une personnalisation pour la cause, une victimisation, face à l'injustice d'un Etat bourgeois qui piétine le principe de précaution, et embastille un syndicaliste qui voulait seulement sauver l'homme des trafics génétiques... Vive Bové leur chef, qui s'est sacrifié pour nous!

Cette transmutation christique gènera sa pudeur? Mais elle seule peut le sauver -et d'abord l'extraire de la banalité du marigot antilibéral... Il devra assumer cette évidence, accepter sa part de narcissisme (elle n'est pas mince) et en finir avec les précautions tartuffesques de la révérence obligée aux collectifs! Bové est en situation depuis si longtemps qu’il a failli rater le coche. Il aurait pu figurer dans une présidentielle dès 2002; il aurait pu mettre la main sur les gauches antilibérales et les dépasser dès 2003, en son bel été de la prison et des 100.000 pélerins de la fête du Larzac. Il aurait pu, après le référendum européen de 2005, aller plus vite que la musique et lancer son aventure... Il n’a jamais osé. Par vieille culture libertaire; par refus -ah, le vieux maître Ellul- de “l’illusion du politique”... Ou par peur de brusquer les petiites habitudes des petits milieux militants.

A ce jeu, il a failli tout perdre, étouffé par les logiques partisanes de Buffet et Besancenot, éclipsé par la jeunesse d'Autain. Il a été sauvé par un plébiscite d'internautes. A son tour, il a fait son putsch sur les comités antilibéraux, et forcé les réticents à s’écarter. Le voilà en présidentielle. Il n’a pas changé. En visite au “ministère du Logeent précaire”, cette banque squattée par des sans-logis, il a embrayé sur une manif devant le commissariat du IVe arrondissement, qui retenait un militant de Droit au Logement. Il va mettre au coeur de son système des jeunes turcs des cités ou des comités de chômeurs et précaires... Son seul défi sera de dépasser ces habitudes, pour parler au plus grand nombre et lui donner envie. Pas seulement cogner “Le Pen et Sarkozy”, mais inventer un style: Etre gaullo et gaucho à la fois, accepter son envie d’être aimé, et la provoquer? Faire swinguer ensemble Zebda et Jean Ferrat -ses amis en rêvent- et entraîner le peuple dans la danse.

Pour l’instant, José Bové pèse 1% dans les sondages. C’est peu, pour refaire tout un monde. Mais il a pour lui la menace terrible de la taule, qu'il n'envisage pas légèrement, mais qui le regonfle, qui le pose en opposant absolu au gouvernement, mettant au défi le ministre de la Justice de l'expédier au trou en pleine campagne -et ses partisans tiendront meeting devant la taule! Bové l'enfermé, son étrange chance...

Commentaires

Vaste blague. Bové est un délinquant multirécidiviste qui s'est autoproclamé grande conscience, sans base, sans ligitimité, rejeté par un syndicat agricole ultra-minoritaire. Bové n'a jamais été élu, il ne représente rien, il ne dit que des conneries sur tout et sur les OGM en particulier. Sa place est en taule, le plus vite possible. Il sabote des propriétés privées avec des milices factieuses. C'est pire que de voler le scooter du fils d'un ministre.

José et Philippe, même combat : distraire les juges (voir http://jeanluc.typepad.com/au_nord_du_jeanluc/2007/02/jean_valjean.html)

Ce que vous dîtes est très juste, mais cela s'applique à tous les candidats à l'élection présidentielle. La logique de nos institutions est d'élire un "homme providentiel". L'élection du président au suffrage universel direct personnalise le pouvoir. Tous les candidats qui présentent leur candidature comme l'émanation d'un courant de pensée ne jouent pas le jeu des institutions et font fausse route. Cela s'applique aussi à Buffet, à Voynet, à Dupont Aignan. Cela s'appliquera aussi à Royal si elle fait l'erreur demain de vouloir contourner les critiques fondées sur sa crédibilité à devenir chef d'Etat en voulant mettre en avant le parti.

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.

juin 2007

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30