C'est un voyage au pays des sites internets disparus, celui-ci est parti dans les limbes quelque part la semaine dernière, détruit par ses propriétaires, toutes archives effacées (on trouve encore des pages "en cache" via google), tandis que Ségolène Royall et François Bayrou avançaient vers leur rencontre de la troisième force. http://www.toutsurbayrou.parti-socialiste.fr, c'était le site argumentaire du PS contre l'usurpateur du Béarn, bien fait le site d'ailleurs, pêchu et punchy, tant il y avait danger... "Le choix François BAYROU ou la mystification au profit de la droite et de l’immobilisme" pouvait-on y lire le 27 mars dernier, et l'on y apprenait que Bayrou, "véritable homme de droite", n'était pas "un barrage à Nicolas Sarkozy", mais une "impasse politique", etc, etc... La conclusion étaiit martiale et en slogan. : "Bayrou à l’Elysée, la crise assurée."
Evidemment, maintenant que l'on sait que Bayrou n'ira pas à l'Elysée (pas tout de suite, hein, désolé...) le danger n'est plus... Les socialistes ont rengainé leurs méchancetés, roublards et penauds à la fois, erratiques à force d'avoir peur de disoparaître (les socialistes sont à la fois d'une arrogance étonnante et d'une fébrilité, d'une absence de sûreté d'eux-mêmes émouvantes -seule Royal, en somme, est forte et froide dans ce parti fébrile). Maintenant, Bayrou n'est plus l'imposteur, et on peut causer: la preuve, ils l'ont fait.
Et c'était très bien, reposant après et avant la violence inévitable du vrai match, un échange de fond, sans tacle assassin, joli et plaisant comme une rencontre amicale disputée par des joueurs de talent... Mais rencontre amicale quand même -pas truquée donc, l'un comme l'autre ne savait pas à quois 'attendre- mais finalement sans risque majeur, puisque sans enjeu immédiat. Pas de coupe à brandir au coup de sifflet final, que de l'estime à gagner. Bayrou, qui confiait avant à des proches qu'il voulait "se différencier" tout en "sortant à gauche" de l'élection présidentielle (pour assurer sa place d'opposant au sarkozysme) et Royal, qui voulait démontrer une possibilité de proximité, créer un effet de halo pour installer l'isolement de Sarkozy, ont parfaitement joué.
Conclusion.Les matches amicaux sont souvent les plus beaux? Ou, variante : les animaux politiques discutent d'uatant plus facilement qu'il n'ya plus d'enjeu vital immédiat entre eux? Ou, autre variante, la Ve république et ses principes de "winner take all" ne rendent pas intelligent?
La différence entre la bêtise partisane du PS (ou la lucidité de gauche, c'eest selon) de l'argumentaire anti-Bayrou d'avant le 22 avril, et les fleurs et les miels de la nouvelle séquence, c'est la peur, et le calendrier. Dissipée la trouille d'être affacé au profit du centre, on cause! Royal a fait preuve de décision, d'adaptabilité, de culot, de maestria stratégique. ce n'est pas de la morale, mais c'est bien vu. Elle joue une toute petite possibilité de gagne, tout de suite (et elle peut lui donner corps). Bayrou joue l'installation durable et pense, au fond, que Sarkozy va gagner. Leurs arrière-pensées coincidaient...
C'est de la politique. Au premier tour, Royal est passée sur une ligne identitaire de gauiche, permettant d'éponger les concurrents de son camp. Au second tour, elle bazarde son parti! Bayrou, lui, laisse partir ses notables qui retournent à droite, parce qu'ils y ont intérêt, parce qu'ils s'y sentent mieux (et peut-être aussi, parce qu'ils ont lu son programme économique qui n'est pas tout à fait de gauche, en somme, et lui-même le dit). Deux personnages face à leur destin. Qui peuvent s'entraider, sans en faire trop, tant que leurs calendrier ne coincident plus...
Ce qui manque là-dedans? C'est la durée et le fond. Le pas de deux Bayrou/Royal correspond bien à l'envie de courtoisie, fut-elle artificielle, d'un pays épuisé de ses tensions. Mais au-delà de la courtoisie, la construction d'une vraie force ce gauche/centre-gauche (et écolo en prime, pour satisfaire Dany Cohn-Bendit, théoricien du nouveau monde) est un enjeu vital, au-delà des convenances d'un entre-deux-tour génial (si on est royaliste) ou de dupes (pour s'imaginer sarkozyen) ou les deux! C'est une longue marche, une profonde mutation, qu'ont souhaité Delors, Rocard, Strauss-Kahn... Et que Royal et Bayrou ont mis en scène, un samedi, en évitant de l'ancrer. Ils l'ont pas été plus loin qu'ils le pouvaient. Qu'ils le souhaitaient? Qu'ils le pensaient? Cohn-Bendit parie, si Royal l'emporte au finish, que cette entente, forcément, se fera au parlement. Mais pour l'instant, on est au teasing. Le match amical, avec sa somme de regrets et de potentialités.
L'idée, finalement, ce n'est pas que le PS, efface, oups, un site internet anti-centre qui a cessé d'être opportun. Mais que plus jamais, il n'ait l'envie (le besoin, né de la trouille ou de ses préjugés, ou de l'ambiguïté des autres) de le remettre en ligne...
-------------------
Rien à voir avec le reste, mais pour être complet. Tandis qu'un couple danse, un favori fait tapisserie. Et sarkozy, qui ne danse pas, est furibard, semble-t-il, et la furibardise ne lui est pas bonne conseillère. Il détesterait, dit-on, qu'on l'accuse faussement d'avoir voulu étouffer la libre et publique parole socialo-centriste. Il se sentirait diffamé, réellement, blessé, et toute cette sorte de chose. En voilà un tendron!
Sarkozy n'est évidemment pas le monstre capable d'empêcher les gens de se causer. Il suffisait de le vouloir pour monter ce débat, et les annulations antérieures sont plus la marque d'une peur de jouer les coups des media français (la preuve par BFM), que d'un régime pré-dictatorial... Mais, au-delà des contes pour enfants (bouh, le sarko), la réaction de l'UMPiste est bête, qui crie aux combines quand les Français attendent de la gentillesse. Il ya une énorme part d'arrangement et d'entente implicite et d'hypocrisies mutuellement consenties, dans le flirt entre deux mouvements qui peuvent aussi bien s'entendre (l'alliance PS/Démocrates) que s'eéliminer (qui sera le vrai opposant?). Mais les gesn aiment le spectaclle, et l'attente n'est pas mésestimable, et le côté mauvais joueur d'un Sarko parlant de, "combines" quand il n'y avait qu'un dialogue apparent, montre pour le moins qu'il n'a pas senti le besoin de gentillesse du pays... Lui qui était si calme, désormais, le voici s'opposant au bonheur de la transparence? A-t-il tellement de voix d'avance qu'il peut se permettre de les gaspiller pour soulager sa colère? Attention, petit Nicolas, si tu ne supporte pas qu'on ne t'aime pas, tu n'as pas fini d'être surpris...
Bon week-end les petits.
Les commentaires récents