"On ne peut pas se réclamer du général de Gaulle et se comporter comme Silvio Berlusconi. Contrairement à ce qu'il avait annoncé sur un ton grave, Nicolas Sarkozy ne s'est pas retiré du monde pour habiter la fonction présidentielle : entre le Fouquet's, Falcon et palace flottant, il a oublié qu'il venait d'être élu président de la République. Pendant trois jours, il nous a fait honte".
Ainsi parle le plus sévère des contempteurs du Sarkozy yachtman, dans un billet frémissant de colère, publié aujourd'hui, jeudi, dans le Monde. "L'Etat de disgrace", tel est le titre de ce court article, signé... Alain Finkielkraut! oui, Finkielkraut le néo-réact, le penseur passé de gauche à droite, le méchant emblématique des maîtres censeurs de la blogosphère et d'ailleurs, étiqueté sarkozyste alors qu'il n'avait jamais annoncé la couleur de son vote, et s'est interdit d'assister à quelque meeting que ce soit. Finkielkraut le coléreux, le mécontemporain, précisément. Et seuls ceux qui ne connaissent pas le terrible Finkie seront étonnés.
Le 6 mai, Finkielkraut a voté Sarkozy mais son choix fut celui d'un homme libre, d'un penseur déçu par la gauche et allergique au populo-royalisme, le choix d'un républicain qui a cru au discours refondateur du candidat de droite. Ce ne fut pas le choix d'un courtisan, ni d'un ravi du sarkozysme, d'un converti illuminé par la grace de super-Sarko... Un homme libre. Un naïf, diront les moqueurs -naïf Finkie découvrant que le Président ne se promène pas du côté de la misère sociale? Même pas. Finkielkraut n'a jamais prétendu que Nicolas Sarkozy était un leader ouvrier. Mais il a pensé que son discours, et ce qu'il dissait de l'Etat et de la fonction présidentielle, lui permettraient de s'élever au-dessus de lui-même. Depuis trois jours, il est déçu. Il l'écrit. Il est dans son rôle de philosophe puritain, ennemi de l'ostentation et de l'argent roi, dans son rôle de prophète, d'interpellateur des puissants. Il interpelle d'autant plus fort qu'il est exempt de haine, et il rappelle, dans son billet, la "très haute tenue" des discours antérieurs du nouveau Président, et espère qu'il y reviendra.
Attaquer ainsi un Président nouvellement élu, parce que l'on considère qu'il manque à la dignité de son élection, c'est faire preuve de courage. Dans le cas de Finkielkraut, c'est d'autant plus méritoire qu'il avance seul, sans allié ni protection, dans la jungle du débat public. Finkielkraut, depuis longtemps, est grillé à gauche, et ses anciens amis ne lui pardonneront jamais d'être allé très loin, parfois trop loin, dans son refus du politiquement correct et des élégances langagières. Théoricien du déclin, pourfendeur de l'idéologie multiculturelle, Finkielkraut, ces dernières années, a plus été lu et soutenu à droite qu'à gauche... et notamment par les sarkozystes et leur chef! Mais cet homme est irréductible. Il est bourré de défauts, pousse jusqu'à l'absurde le goût de la contradiction et l'ascèse de la solitude; il s'oublie trop souvent, trivialise sa pensée dans des commentaires d'actualité qu'il nourrit en téléspectateur énervé; il n'est pas toujours digne de lui-même. Mais Alain Finkielkraut a l'honneur de ses défauts: il est nul en politique, il ne saura jamais ménager ses arrières ou cultiver ses alliances, se retenir d'exprimer sa vérité pour satisfaire son camp. L'ingratitude est la garantie de sa liberté. C'est ce qui fait son prix.
Il y a un an et demi, dans un entretien ni fait ni à faire au journal israelien Haaretz, Finkielkraut avait proféré des bêtises hâtives, sur la société française en général et l'équipe de France de foot "black-black-black", bêtises qu'il regrette mais dont cet orgueilleux n'arrive pas à s'excuser. A l'époque, Finkielkraut, lynché par la gauche bien-pensante, critiqué par ses amis lucides, avait été défendu par un homme politique majeur, ravi de se positionner en protecteur d'un penseur libre. "Alain Finkielkraut fait honneur à l'intelligence française", avait alors dit Nicolas Sarkozy...
Cela n'a jamais été aussi vrai qu'aujourd'hui.
Longue vie à M. Finkielkraut. Moi aussi, je suis déçue. Moi non plus, je n'ai pas grand sens politique. Que reste-il du discours humaniste de dimanche soir? Je vais chercher, observer mais franchement, quelle stupide connerie. N'y a t-il eu personne dans son entourage pour l'en dissuader ou l'y a t-on incité??
Peu importe, il est grand et il a bien merdé et par là même, nous a niqués!
Rédigé par: pascale | 10 mai 2007 à 20:47
Le problème n'est pas qu'Alain Finkielkraut soit incompris ou considérer à tort par certains comme un vulgaire courtisan, le problème c'est qu'il pense mal. Et que, partant de là, ces choix politiques ne soient pas naifs, mais tragiquement erronés.
Rédigé par: stubborn | 10 mai 2007 à 21:20
Merci M. Askolovitch, tout simplement merci.
Alain Finkielkraut est un intellectuel, c'est même un grand, un très grand intellectuel. J'ai été catastrophé et atterré par les innombrables procès moscovites qui lui ont été et qui lui sont toujours intentés (ô haine du Net, tu me surprendras toujours) depuis plus d'un an et demi déjà. C'est vrai qu'il a eu des mots crus, certains mal traduits, beaucoup volontairement sortis de leur contexte, les derniers enfin mal compris et dont il s'est d'ailleurs bel et bien excusé (j'ai le souvenir d'une interview chez Elkabbach où il dénonçait sans réserve les propos d'un personnage ignoble qu'il n'est évidemment en aucun cas dans la réalité). Parfois je me demande à quel degré de mauvaise foi on a pu en arriver pour affubler quelqu'un du niveau de Finkielkraut de tant de noms injurieux et de dégueulasseries, dont beaucoup, je n'ai aucun mal à l'écrire, frisaient dangereusement l'antisémitisme. A t-on en France tellement de philosophes de son calibre pour qu'on se permette de clouer au pilori le moindre d'entre eux qui ose émettre un mot, une parole, déviant d'un iota de la sacro-sainte morale commune ?
Dernière connerie sans nom en date: Finkie, ce traître (suivez mon regard bonnes gens pas racistes pour un sou...), comme Mao-Glucks, serait passé chez l'"ennemi", dans le "camp des méchants". Ah cet affreux jojo devenu sarkozyste, ah ce Besson des intellectuels, ah ce vieux réac, s'exclaffa toute une ribambelle d'élites bobos (comprendre: bourgeoises bouffones) et de pseudo-intellectuels médiatiques. Et bien non, mille fois non, bonnes âmes bienpensantes, encore une fois vous vous plantez, à vouloir sans cesse nous sevrer de votre idéologie puante aux relents vomitifs et de vos "concepts" usés jusqu'à la moelle.
Si pour ma part je ne souscris pas vraiment à la courte analyse d'Alain Finkielkraut (pour moi, les vacances de Sarkozy en yacht n'ont de choquantes que leur surmédiatisation ainsi que l'utilisation qui en est faite par une partie de la gauche, histoire de mettre en veilleuse pour quelques temps une petite refonte idéogique -- en même temps, ça ne fait "que" 20 ans qu'on l'attend, alors, bon peuple de France, tu peux bien attendre 3 jours de plus, tout occupés que sont les socialos à taper sur l'"infâme"...), je dois admettre que j'admire le courage et la libre-pensée de l'homme, que seules l'honnêteté intellectuelle, la franchise et l'irréductible volonté de casser les lieux communs peuvent soumettre.
Rédigé par: Beachcomber | 10 mai 2007 à 22:29
Stubborn,
Ca va commencer à devenir gênant (pour lui? pour moi?) mais j'adhère totalement au portrait de Finkielkraut brossé par Asko.
Question de passé du bonhomme et de juiverie sans doute, bien avant qu'il ne soit lynché par les stals en manque de procès (et je pense très fort au bouquin de Fontenelle).
Je respecte la pensée libre et de ce point de vue, Finkielkraut ne doit rien à personne. Quand on "pense", vraiment, sans idéologie, sans idées préconçues, ça part dans tous les sens et il y a forcément du déchet, parce qu'il faut aller au bout, puis revenir et recommencer à zéro.
Difficile à expliquer à ceux qui fustigent toute imperfection, à ceux qui cherchent le diable dans les détails pour légitimer leur parole et surtout pour exister, à ceux qui veulent lyncher les impurs, les infidèles. Je ne perdrai pas mon temps.
Je pourrais tenir le même discours pour Houellebecq, honni, lui aussi par la gauche bien-pensante. Et pourtant, quand on apprécie vraiment la littérature...
Je me répète mais autrefois, "intellectuel de gauche" c'était un pléonasme, aujourd'hui, c'est un oxymore.
Tu vois, Stub, ça me fait plaisir d'écrire ce genre de post car je vais conforter les juges de la morale dans l'idée que je suis une chienne de droite infréquentable. Quelque part, ça me met en joie. Et je me délecterai des insultes.
Rédigé par: Sacha | 10 mai 2007 à 22:46
Putain, ça craint... j'avais pas vu le commentaire précédent...
Enfin, ça craint pour Asko, hein ;-)
Rédigé par: Sacha | 10 mai 2007 à 22:50
"Alain Finkielkraut fait honneur à l'intelligence française", avait alors dit Nicolas Sarkozy...
"Vincent Bolloré fait honneur à l'économie française" Nicolas Sarkozy
Mieux vaut qu'il arrête de rendre honneur à certaines personnes :D
Rédigé par: Juan | 10 mai 2007 à 23:26
@Sacha
Sauf qu' il y a un point mort dans le portrait d'Asko : la théorie du déclin.
Or dans le cas de Finkielkraut cette théorie s'élabore en miroir à partir de l'idée que les victimes ne peuvent se tenir à cette position. Partant de là (de lui donc) Finkielkraut regarde la réalité et constate le déclin. C'est intellectuellement peu honnête et psychanalytiquement malheureux.
[j'ai bien peur de ne pas être suffisamment claire...]
Nicolas Sarkozy et la question juive est un énorme sujet. Tout comme l'aveuglement des intellectuels sur la question de la repentance.
(Les procès des sectaires on s'en tape !)
Rédigé par: stubborn | 10 mai 2007 à 23:46
Franchement...
S'offusquer parce que Sarkozy a des gouts de nouveau riche... Vous en doutiez ? ... Une vraie chochotte ce Finkie.. Et la chochotte ne fait pas l'homme de gooôooche cher Asko...
Bien Cordialement
Rédigé par: anwar | 11 mai 2007 à 00:09
J'ai adoré la signature de l'article du Monde: "Alain Finkielkraut est philosophe."
Alain Finkielkraut est effectivement philosophe et un grand philosophe, c'est quelqu'un de gauche qui vous le dit, et cela annule le procès d'intention de Beachcomber. Et vous avez raison, Asko: il est nul en politique. Mais n'est-ce pas fondamentalement le propre du philosophe ? On me dira que certains philosophes engagés sont de bons politiques. Je répondrai que c'est parce qu'ils sont de bons politiques qu'ils ne sont déjà plus des philosophes.
La République dont Finkielkraut nous parle, nous a parlée, qu'il place dans ce même article sous la présidence de Sarkozy, elle est belle, elle est magnifique, je l'aspire de mes voeux, mais elle n'existe pas ailleurs que dans sa tête. Sarkozy n'est évidemment pas responsable de cette non-existence mais je doute qu'elle se construise sous son quinquennat.
Remarquez aussi le sondage sous l'article (bien que j'ai conscience du peu de crédit que l'on doit a priori porter à cet outil) qui donne "raison" à Sarkozy contre Finkielkraut. Voyez-vous, Asko, c'est cela que je crains, c'est contre cela que je cherchais à vous prévenir. Vous avez le même défaut que Finkielkraut ou que Glucksman à savoir celui de penser que certains propos, certaines attitudes de Sarkozy n'étaient que de campagne et qu'elles allaient être abandonnées à l'heure de la présidence. Je pense que vous vous trompez. Je pense que le large aval démocratique, incontestable, que Sarko a reçu et qu'il ne va pas perdre de sitôt va lui permettre et pardonner tous les excès.
Rédigé par: Franade | 11 mai 2007 à 08:45
D'accord avec anwar et Franade. La plupart des gens se fichent de ces vacances de nouveau riche. Et ils ont raison. Peu importe.
Beaucoup de commentaires because nouveau style. Style décomplexé voire vulgaire (je viens vers les journalistes en short et lunettes de soleil) mais, avouons-le, transparent.
Par ailleurs, "faire honneur à l'intelligence française" c'est quand même un peu beaucoup pour le billet de Finkielkraut (Même si c'est pour faire écho au mot de NS etc.).
L'honneur à l'intelligence est ici surtout présent dans la liberté de conscience et d'expression. Je peux prendre telle position mais rester lucide sur le reste. Là d'accord, même si en l'espèce, il n'y pas pas de quoi fouetter un chat, tant sur le sujet que sur la position exprimée (bah oui! c'est moins sexy quand on va dans le sens du vent, même si c'est justifié).
Tiens, tiens... Rester lucide et vigilant sur les actes de ceux vers qui ont pu porter ses préférences... Ce ne serait pas aussi le blogueur en chef ça? Plus un post sur la liberté d'expression que l'on se donne à soi-même que sur l'actualité finalement.
Rédigé par: Dédé La Mine | 11 mai 2007 à 09:44
Donc finkielkraut a parlé et il a eu raison. Ca change de quand Finkilekraut a parlé et dit des bêtises. J'ai beacoup de respect pour lui mais je refuse de tomber dans la victimisation. Finkielkraut, comme beaucoup d'autres, joue le jeu du débat médiatique par ces présences répétées dans les médias. C'est son droit mais rien ne l'y oblige. En faisant cela, il s'expose au débat et aux critiques de bonnes ou de mauvaises qualités. Quand, dans le billet, vous dîtes, en gros, qu'il s'avance seul, tel clint eastwood au milieu des hors la loi, je vois bien ce qui vous touche personnellement dans cette posture mais faut pas exagérer non plus. Il dit en gros ce que tout le monde pense de l'extrême gauche à l'extrême droite. Non pas parce que c'est un fin politicien ou un courageux pourfendeur de tabous mais parce que le simple bon sens amène à penser qu'un président fraichement élu n'a pas à se faire inviter par un magnat des affaires. Comme d'ailleurs un président fraichement à la retraite ne devrait pas bénéficier des largesses d'une famille étrangère impliquée dans de nombreuses affaires diplomatiques, industrielles et financières car cela suscite le doute. En droit, on appelle ça la théorie des apparences.
Rédigé par: tchek | 11 mai 2007 à 09:59
Stubborn, "C'est intellectuellement peu honnête et psychanalytiquement malheureux."
Effectivement, comprends pas, si tu peux être plus claire... ;-)
Quant à la question de la "repentance", au risque de choquer, je ne l'ai pas perçue comme une négation de l'Histoire, mais davantage comme le travail qu'ont dû faire les allemands nés après 45 pour se reconstruire moralement. Ils n'ont pas oublié leur passé mais les enfants ont cessé d'expier les fautes de leurs parents pour réinventer une identité allemande et redresser le pays.
Je n'oublie pas qu'au début des années 80, beaucoup de collégiens français (qui répétaient à 11 ans les paroles de leurs parents) refusaient de choisir l'allemand en langue étrangère car c'était la langue des nazis.
Et dans un autre registre, nous avons en France la question des pieds-noirs, totalement liée à l'immigration d'Afrique du Nord.
Depuis 62, un million de français se taisent, ils n'osent pas parler de la colonisation, par crainte de se faire insulter, de se faire traiter de tortionnaires, d'esclavagistes, de colons par nos très chers penseurs et intellectuels de la métropole. Un million de français tenus à l'écart de la "communauté française". Ces français ont eu des enfants et des petits enfants, aujourd'hui, on peut dire qu'il y a un million de familles françaises chez lesquelles l'indépendance de l'Algérie est un sujet tabou à tel point que les parents refusent de "raconter" à leurs propres enfants.
N'est-on pas là, pour de vrai, dans un pur déni de l'Histoire depuis 40 ans? Déni de l'histoire organisé par qui? Par les intellectuels de gauche bien-pensants, justement, qui ont fustigé la colonisation par idéologie, comme des crétins, sans savoir, sans comprendre, les liens très forts qui unissaient les Français d'Algérie et les Arabes, des liens culturels, des liens de langue, des liens d'attachement à la terre.
Alors ensuite, c'est pas compliqué à comprendre pourquoi autant d'Arabes sont venus en France. Tout simplement parce qu'ils étaient proches des valeurs françaises. Enfin, c'est ce qu'ils croyaient... Les pieds-noirs aussi ont cru qu'ils seraient bien accueillis dans la mère Patrie.
Alors, pour "l'anti-repentance", je peux te dire qu'il y a aujourd'hui un million de familles qui aimeraient pouvoir s'exprimer librement sans avoir à expier la prise de la smala d'Abdel Kader par les troupes du Duc d'Aumale en 1847...
Un million de familles qui aimeraient bien ne plus être assimilées à des assassins sanguinaires, tout comme le peuple allemand a refusé d'être assimilé aux nazis.
Et pour conclure avec le bal des faux-cul, je précise que ça ne fait qu'une dizaine d'années que l'indépendance de l'Algérie existe dans les livres d'histoire. Sous le règne de Mitterand on passait directement de la Libération à la Vème République, pour accélérer le programme sans doute et ne montrer que l'héroïsme du bon Général. Et ça ne fait qu'une dizaine d'années que des documentaires, des téléfilms et des films trouvent les financements pour aborder ce sujet tabou.
C'est Chirac, le premier, qui, sous Mitterand (1987) a abordé la question des rappatriés en faisant appliquer une vieille loi pour les indemnités qui étaient dues depuis 25 ans (chaque rappatrié a touché 2x 5 000 FF, dérisoire mais ça a eu le mérite d'exister).
C'est Chirac, Président, qui s'est préoccupé des retraites des rappatriés et de leur désendettement(lois et décrets en 2005).
Encore une fois, je trouve que la gauche a été bien prompte à hurler au négationnisme pour cette question de "repentance", bien prompte à s'indigner des "effets positifs de la colonisation" et bien prompte à oublier qu'elle a ostracisé un million de compatriotes en les réduisant au silence.
Alors forcément, quand Sarkozy dit qu'il poursuivra les indemnisations pour les rappatriés d'Algérie, les Harkis et les supplétifs d'Indochine, ben ça leur parle, même si aujourd'hui les plus jeunes ont 60 ans.
Et je ne crois pas qu'il s'agisse-là d'un déni de mémoire. Au contraire, je dirai.
Maintenant, pour résumer et parce que les leçons de morales de la gauche commencent à me gonfler sérieusement: tout ce qui a été fait pour les rappatriés et les Harkis l'a été à l'initiative de la droite. Quant à la gauche, elle s'est contentée des propos de Frêche sur la question.
(désolée, c'est un peu beaucoup trop long.)
Rédigé par: Sacha | 11 mai 2007 à 10:10
Le Fouqet's et le Yacht, ce sont effectivement de belles fautes de goût et je crois que nombre d'électeurs de Sarkozy en conviennent. Pour autant, et même s'il y a du symbole dans tout cela, faut-il grimper au rideau pour trois jours de vacances ? Faut-il proclamer la fin de l'humanisme parce que Sarkozy a eu le front de dîner et coucher au Fouqet's, et de partir sur un yacht ? L'un exclue-t-il ipso facto l'autre ? Le croire n'est-il pas l'un de nos braves petits défauts français ? En même temps, c'est Sarko qui va être content : c'est l'identité nationale.
Rédigé par: koz | 11 mai 2007 à 10:47
Il se paye les vancaces qu'il veut sur le yacht qu'il veut dans le restaurant de luxe qu'il veut a la limité avec l'argent de l'etat ca choquerais moins que de se faire inviter aux frais de la princesse par un industriel. Si il a refusé depuis 20 ans pourquoi accepter maintenant qu'il est président et qu'il est censé proteger les moins fort par rapport aux grand. S'afficher des les premiers jours avec Bolloré, Bouygues et compagnie ca ne fait pas tres Etat impartial. Le coté jet set qui interesse les medias limousine jetprivé et yacht on s'en fou. A la limite c'est fait pour noyer le vrai probleme de deontologie et d'ethique.
Un président de la république fraichement élu sur le bateau d'un grand industriel ca pose question et c'est elgitime ce n'ets pas de la petite politique c'est essentiel!!!
Rédigé par: thc2 | 11 mai 2007 à 11:09
Rien à rajouter. Comme Sacha l'a dit, ça sera encore génant pour Asko, mais j'adhère. Finkelkraut est sans doute extremement dérangeante, avec lesquelles personnellement je ne suis pas forcément toujours en phase. Mais on ne peut pas lui reprocher, je pense, d'être un homme libre. Libre de dire ce qu'il pense, même si c'est des conneries.
Dans ce même sens d'idée, il critique, de manière virulente mais j'ai trouvé d'une rare pertinence, un Nicolas Sarkozy qui a eu les honneurs de son suffrage. Ben rien à dire, c'est trés bien. On peut avoir voté pour quelqu'un, voire pour certains l'apprécier, et pour autant dire quand on pense qu'il déconne. Finkelkraut dit ça, en tous cas, avec extremement plus de talent que moi ou que d'autre.
A part ça, bonne journée à tous. Bon weekend à tous. Et, pour les footeux (y en a), bonne finale de la coupe de France.
Rédigé par: falconhill | 11 mai 2007 à 11:49
Je vois surtout dans l'attitude de AF une naïveté incropyable!
Comment pouvait-on croire une minute aux discours écrtis par Guaino?
Comment pouvait-on s'aveugler sur le vrai sarkozy, celui de ces trois jours?
Rédigé par: Valdo Lydeker | 11 mai 2007 à 12:26
@Sacha
"Quant à la question de la "repentance", au risque de choquer, je ne l'ai pas perçue comme une négation de l'Histoire, mais davantage comme le travail qu'ont dû faire les allemands nés après 45 pour se reconstruire moralement."
Dans le cas des Allemands le travail de reconstruction a suivi la "repentance".
[Au passage, je n'aime pas le mot, puisqu'il introduit, à dessein de la part des communicants géniaux de Nicolas Sarkozy, l'idée que l'on se fustigerait de trop, que l'on se gargariserait de culpabilité. Alors que "La France n'a (quand même pas) inventé la solution finale" ! Sic.] Or dans le cas des penseurs du déclin il ne s'agit pas tant de reconstruction/passer à autre chose, que de ne pas passer du tout par la case "reconnaître que".
Ce qui est très différent !
Au fond Nicolas Sarkozy agit de ce point de vue comme un fils d'immigré, tellement reconnaisant envers le pays qui lui a tout donné (ne le répète-t-il pas à l'envie ?) qu'il ne peut tolérer de critique à son encontre.
Le problème c'est que fustigeant "la répentance" comme une très sale maladie, il annihile par là-même le remarquable travail de son prédécesseur. En psychanalyse, on appelle ça tuer le père ! ;-)
ps 1/ essaierai de te dire mieux sur les intellectuls juifs qui devraient suivant Lacan appeler de leurs voeux cette "repentance".
ps 2/ je suis petite-fille de pieds noirs espagnols.
Rédigé par: stubborn | 11 mai 2007 à 15:25
@falcon
Déjà la coupe de France ??! C'est dingue ça ;-)))
Rédigé par: stubborn | 11 mai 2007 à 15:27
@ Stubborn
"Or dans le cas des penseurs du déclin il ne s'agit pas tant de reconstruction/passer à autre chose, que de ne pas passer du tout par la case "reconnaître que".
Décidément, je n'arrive pas à être d'accord.
J'aime bien l'exemple concret des indemnisations car il montre clairement que Sarkozy prend en considération les victimes de l'Histoire de France, il les "reconnaît".
Alors comment peut-on dire que son "anti-repentance" (le terme est naze mais rapidement, j'ai rien d'autre sous la main) est le reniement de cette Histoire?
S'il avait voulu signifier "on n'y est pour rien" (version négationniste), il ne s'adresserait pas aux victimes.
Reconnaître l'existence des victimes, c'est reconnaître l'Histoire, non?
Ou alors il y a vraiment un truc que je n'ai pas capté quelque part.
Quant à tuer le père, oui, mais ce n'est pas sur cette question-là qu'il l'a tué. Il a porté le premier coup en 95 sur des questions de pouvoir politique et le coup mortel a été donné mardi dernier.
Maintenant, tu sais bien que tuer le père, ça permet ensuite de l'aimer... La preuve, ces charmantes photos d'hier ;-)
Je crois que je viens de comprendre la différence entre Chirac et Sarkozy sur l'Histoire, entre le "Devoir de Mémoire" et l'"anti-repentance": Chirac pense aux morts et Sarkozy aux vivants.
Sur ce coup-là, les deux sont bien, non?
(entièrement d'accord avec toi sur le lien qu'entretient Sarkozy avec les immigrés. Tu me feras la suite un de ses jours pour les Juifs?)
Rédigé par: Sacha | 11 mai 2007 à 18:45
@ Valdo
Tous les vrais philosophes sont naïfs.
Un philosophe cynique, ça n'existe pas.
C'est soit un usurpateur, soit un journaliste, soit un écrivain, soit un critique, etc. mais pas un philosophe.
Enfin, je crois.
Rédigé par: Sacha | 11 mai 2007 à 18:52
"« Sarko-l’Américain était aussi Sarko-l’Israélien. Sarko-le-facho était aussi Sarko-l’étranger : un Hitler au nez crochu, en somme. Quelles que soient les réserves que m’inspire le nouveau Président de la République, je suis soulagé que cette haine effrayante ait été vaincue. Soulagé et en même temps inquiet, car l’amour de la haine ne se laissera pas démonter, et nombre de gens –des jeunes notamment- sont prêts à continuer à se faire peur et à se mobiliser contre celui qu’ils ont érigé sans vergogne en monstre grimaçant »."
Finkielkraut, Le Soir, 9 mai 2007
http://www.lesoir.be/services/archives/t-20070509-00ALJU.html?query=finkielkraut&andor=and&when=-1&sort=datedesc
(l'article est payant)
et ici:
http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2007/05/alain_finkielkr.html
Sincèrement, si ce genre de déclaration fait honneur à l'intelligence française (je ne savais pas d'ailleurs que l'intelligence avait plusieurs nationalités), je dois être vraiment un gros con.
et j'en suis fier.
:-)
Rédigé par: rep ban | 11 mai 2007 à 20:19
@Sacha
"S'il avait voulu signifier "on n'y est pour rien" (version négationniste), il ne s'adresserait pas aux victimes."
Comment te dire ? Ce qui me parait essentiel c'est le lien entre victime et responsabilité. Alors imagine, si tu penses — pour ne prendre que cette responsabilité là — que la France a une """toute petite""" part de responsabilité dans l'histoire de la déportation, alors tu ne peux pas dire : "La France n'a pas inventé la solution finale (...) " ; c'est impossible.
Est-ce que tu comprends ?
"Tu me feras la suite un de ses jours pour les Juifs?"
Il y a quelques mois, Jean-Luc Masquelier/Fleuryval, dont le beau père, Nathan Bercau, est l'un des derniers survivants de La Marche de la Mort, m'a demandé d'écrire un court texte pour accompagné le livre de ce dernier. Tu veux le fond de ma pensée ? Crois-tu Laurence que les petits franchouilles qui dorment la conscience tranquille, la France rance des séniors qui a largement plébiscité Sarkozy — et entendons-nous bien, pas seulement pour des raisons de volontarisme économique — crois-tu que cette France accepte réellement de se regarder en face ? Alors c'est sûr, pour moi, le ralliement d'intellectuels de la trempe d'Alain Finkielkraut, des personnalités de la trempe de Simone Veil, à un homme politique qui lui-même compte tenu de son histoire, pourrait d'ailleurs être du côté des demandeurs de pardon, m'interroge. Et je ne trouve d'explication à ce paradoxe que du côté de la psychanalyse...
"Tous les vrais philosophes sont naïfs.
Un philosophe cynique, ça n'existe pas."
Bien vu, Callaghan !!!
Rédigé par: stubborn | 11 mai 2007 à 20:28
Extrait de l'édifiante ITW de Finkielkraut dans le Soir, signalée par Rep Ban.
Extrait.
" J'ai entendu une jeune fille en larmes à la radio, qui disait qu'elle vivait un cauchemar et que Sarkozy allait être un président liberticide et raciste... Ce discours est atterrant mais il révèle la persistance, en France, du robespierrisme. Qu'est-ce que le robespierrisme ? C'est la politique non pas comme amour du monde mais comme amour de la haine. Il ne s'agit pas, dans cette perspective, de faire du monde un séjour humain, il s'agit d'éradiquer le mal en démasquant les méchants. Fort heureusement, l'amour de la haine a perdu, mais fort tristement, il a quand même réuni 46 % des voix."
Mais pourrrrqqqqquooooiiii j'ai dit trempe ?!
Rédigé par: stubborn | 11 mai 2007 à 21:29
Merci à Claude de le noter.
Il est vrai qu´avec toutes les contradictions et curiousités que laisse planer le philosophe, force est de constater que en qq lignes la situation est brillament commentée , honnetement tranchée. Comme quoi les mots ont encore du sens, de la signification et peuvent de manière positive faire avancer les choses.
merci pour ce sursaut
Rédigé par: Cyrille | 11 mai 2007 à 22:48
@ Stubborn
Tu sais que tu m'angoisses? A te lire, j'ai l'impression qu'il faut que je me fasse greffer un cerveau neuf de toute urgence.
En l'attente de la greffe:
"La France n'a pas inventé la solution finale (...) "
Ben non, elle l'a pas inventée mais elle y a collaboré (d'où la "repentance"). Ce n'est pas exactement pareil.
Quant à la France qui n'accepterait pas de se regarder en face, excuse-moi, mais là, aujourd'hui, ceux qui ont des trucs à se reprocher entre 40 et 44 (Vichy) ils sont tous morts ou presque (90 ans). Ca ne fait pas l'électorat des séniors (qui commence à partir de 60 ans). A moins que je ne calcule mal, avec mon mauvais cerveau, c'est possible aussi.
Et pour finir sur les 46% de "L'amour de la haine", ben ouais. Là encore, je suis désolée, mais ce que je reproche le plus aux socialistes et à leurs sympathisants ce sont leurs attitudes haineuses face à l'altérité. Ca se voit au quotidien sur les blogs, ça se voit dans leurs déclarations, leur propension à l'anathème, aux procès d'intention, au lynchage, j'ai encore jamais vu ça à droite autant de haine de l'autre, autant d'idéologie et aussi peu d'humanisme.
Nous avons déjà eu cette discussion ailleurs et tu sais à quel point j'attache de l'importance au respect de l'autre dans sa différence, même s'il vote FN ou PC (pour moi, les extrêmes, c'est pareil).
Aujourd'hui la gauche n'est pas humaniste, elle est humanitaire.
Ca n'a rien à voir.
La gauche cultive la haine de ceux qui ne pensent pas comme elle. C'est ce que AF doit appeler "l'amour de la haine".
Là encore, je trouve que c'est l'exact reflet de la réalité.
(tu as l'adresse du chirurgien de Total Recall? Ca me fatigue de défendre Finkie et Sarkozy - alors que je le déteste - juste parce que j'essaye de rester objective.)
Rédigé par: Sacha | 12 mai 2007 à 00:09